5ème édition du Colloque: Les discours des terrains sensibles

“Les discours des terrains sensibles : recueil, analyse, intervention”

Les 19 et 20 mars, à l’université Bretagne Sud (Vannes)

!! Actu !! le colloque R2DIP des 19 et 20 mars à Vannes est annulé pour des raisons de sécurité sanitaire mais il sera reporté dès que possible

Argumentaire

Le 5èmecolloque annuel du Réseau R2Dip (Réseau de Recherches des Discours Institutionnels) se déroulera cette année à l’Université Bretagne Sud à Vannes. 

Depuis 2014, le réseau R2Dip réunit des chercheurs spécialisés dans l’analyse des discours autour d’une thématique fédératrice centrée sur la description de corpus institutionnels spécifiques et la théorisation de ce qui ferait l’essence même de toute institution discursive, vue sous le rapport de ses ancrages énonciatifs, de ses modes de formation et de ses modes de circulation, sans excepter de prendre en compte sa visée pragmatique. Ces chercheurs partagent l’intérêt pour la double tâche que s’est assignée l’analyse du discours depuis ses origines : doter l’action et la participation politiques d’une méthode rigoureuse, susceptible d’en éclairer les soubassements, et de contribuer, à sa manière, à l’élucidation des logiques du sens. Dans une démarche qui cherche à repenser l’analyse des discours institutionnels et politiques, tant du point de vue des modèles d’analyse que de la portée de son action, ce réseau entend mettre en dialogue, voire en confrontation, à la fois les méthodes d’analyse, le choix des observables et la dimension critique ou politique de ces études de discours. Il est sensible aux apports d’un regard distancié et critique sur les objets discursifs qui impliquent le citoyen et occupentune certaine actualité dans l’espace public.

Les précédents colloques ont soulevé un certain nombre de questionnements que nous souhaitons mettre à l’honneur de cette nouvelle session qui réunira des travaux sous le titre “Les discours des terrains sensibles : recueil, analyse, intervention”. L’objectif est de s’interroger sur les implications théoriques et méthodologiques de l’étude de discours que l’on qualifiera de sensibles dans le sens où ils « ont en commun d’interpeller le chercheur dans sa démarche et ses rapports aux réalités et locuteurs observés » (Péréa & Paveau, 2012). Des analystes du discours s’intéressent à celles et ceux qui ne prennent pas la parole dans l’espace public, en adoptant notamment comme objet de recherche la parole des sans-abris, celle des malades, celle des aidants de tout type, celle de personnes suicidaires (adolescents, enfants en danger, professionnels en burn-out…) ou encorecelle des prisonniers, etc. Ces paroles longtemps inaudibles sont devenues plus accessibles du fait de modalités interactionnelles nouvelles et plus visibles par notamment les disponibilités technolangagières, mais également par les activités scientifiques (sociologie politique et histoire sociale[1],sociolinguistique et analyses de discours) elles-mêmes.

Le linguiste, et tout particulièrement l’analyste du discours, se trouve par ces objets de recherche sensibles exposé, en même temps qu’il y expose sa discipline, à des frontières, voire à des limites, qui posent donc la question du franchissement, tant de son point de vue, de son cadre théorique, de sa méthodologie, de son rôle de chercheur ou de citoyen, de sa subjectivité, etc., que de celui des extériorités ainsi fréquentées : les autres disciplines, les acteurs institutionnels du terrain, les objets déjà construits, par d’autres, etc. Nous souhaitons donc inviter les chercheurs de l’analyse du discours et des SHS à se questionner sur les implications des nouveaux objets dont ils se saisissent et à explorer les ajustements méthodologiques et/ou théoriques qui résultent de leur objet d’étude et de leur positionnement vis-à-vis de cet objet et de ses acteurs.

Problématique 

Le chercheur explorant les terrains sensibles et construisant à partir de ceux-ci des objets de recherche, lesquels renvoient souvent également à des problématiques sociales qui engagent différents acteurs institutionnels et notamment leur pouvoir décisionnel, et qui déclenchent des attentes de la part des publics concernés, soulève de nombreux enjeux scientifiques, tant théoriques, méthodologiques que disciplinaires que vise à questionner ce colloque. 

Les linguistes et, plus généralement, tout chercheur des SHS sont en effet d’abord confrontés à la question des données, laquelle implique des bonnes pratiques, mais également à leur limite (par ex. l’identification d’une personne suicidaire suspectée d’un passage à l’acte doit-elle entraîner une levée de l’anonymat ?) dans le cas de certains objets. Ils sont aussi confrontés à la question du statut et du rôle du chercheur et de son réel pouvoir dans le champ de l’intervention sociale, politique, professionnelle, citoyenne. Ce questionnement est tout particulièrement actualisé pour notre discipline, l’analyse du discours, qui non seulement s’est construite dans l’interdisciplinarité des Sciences du langage (sémantique des textes, pragmatique, linguistique textuelle, sociologie du langage), mais aussi dans celle des SHS (sciences de l’information et de la communication, sciences politiques, anthropologie, littérature, études des civilisations, histoire, etc.) ou des Sciences et technologies (ingénierie linguistique, fouille de textes et fouille de données, etc.). Investir les discours sensibles, ce peut être adopter l’objet d’autres disciplines plus légitimes à les traiter et dont les compétences et savoirs sont reconnus. Et les investir du point de vue de l’analyste du discours, c’est nourrir une ambition spécifique, applicative et interventionniste, construite sur de nouveaux observables. Autrement dit, c’est également poser la question du fonctionnement du discours tant comme accès à la connaissance du terrain que comme ressource pour agir sur le terrain. Par exemple, les politiques publiques sur les questions de santé feront appel à la compétence et à l’expertise des médecins et autres acteurs sanitaires ou encore à celle du sociologue et du psychologue, mais non à celle du linguiste. L’analyste du discours qui s’y intéresse sera systématiquement amené à se justifier. 

Dans ce contexte, il convient pour le linguiste « de savoir se situer par rapport aux discours scientifiques disciplinaires »(Carretier, Delavigne, Fervers 2010) et de reconnaître que « si ses résultats sont pour beaucoup vérifiables, voire reproductibles, il n’est pas question de l’envisager [la linguistique] dans une perspective concurrentielle aux sciences dures, nécessairement inféconde » (Condamines et al. 2005). Dans ce contexte encore, se pose une autre question, celle de la relation de l’analyste aux politiques publiques, puisque ces terrains sensibles, marqués par des formes de vulnérabilité, sont souvent également ceux sur lesquels les institutions, accompagnées des textes de lois et d’expertise, visent à agir. Cette relation engage nécessairement d’autres questionnements quant aux formes d’intervention de l’analyste du discours sur les espaces qu’il étudie : quelle reconnaissance pour ses analyses ? Quelle validité est accordée à ses données langagières ? Le linguiste doit-il préconiser certaines mesures en fonction de ses résultats et sur quoi effectuer ces préconisations ?

Objectifs 

La problématique ainsi construite est commune à plusieurs disciplines dont les recherches s’inscrivent dans une visée herméneutique et relèvent de la recherche qualitative : la compréhension d’un fait psychosocial à partir de l’une de ses manifestations sémiotiques, le discours. L’analyse du discours que nous adoptons dans ce projet comme cadre théorique et méthodologique prétend y contribuer à sa manière. Elle (1) se veut fédératrice au sein des SHS et impliquée sur le terrain social, (2) se dit soucieuse de la scientificité de ses analyses, (3) défend une perspective dynamique et socioconstructiviste du sens, qui explore l’opacité des textes vers une compréhension sociale, idéologique et ancrée des faits traités, (4) nourrit une ambition interventionniste par la connaissance qu’elle produit, mais aussi ses dispositifs d’investigation et les outils qu’elle est susceptible de produire.      

Le terrain, selon Agier « n’est pas une chose, ce n’est pas un lieu, ni une catégorie sociale, un groupe ethnique ou une institution […] c’est d’abord un ensemble de relations personnelles où « on apprend des choses ». Faire du terrain, c’est établir des relations personnelles avec des gens » (Agier 2004 : 35), mais selon Bulot (2011), « faire du terrain » s’accompagne de la conscience d’une nécessaire et incontournable distanciation avec l’observé. Accédant à des terrains sensibles avec une nécessaire distanciation, l’analyse du discours aborde des objets qui eux-mêmes définissent des frontières et par rapport auxquels il convient,de nouveau de savoir se situer : le chercheur est exposé à des mouvements d’inclusion/exclusion, de connivence/rejet, d’autorisations/interditsqui mettent en jeu son identité de chercheur, de citoyen, d’acteur social. Travailler sur la pauvreté, la maladie, l’inceste n’est certainement pas une démarche simple pour le chercheur.

Le contexte de vulnérabilité invite également le chercheur à se situer vis-à-vis des sujets souffrants qu’il analyse. L’enjeu ici nous semble essentiel, il s’agit de définir si l’analyste doit rester dans un rôle de témoin, de descripteur comme nous le mentionnons plus haut, des vulnérabilités qu’il étudie, ou bien s’il doit se donner les moyens, à l’aide de critères d’évaluation de la qualité des interactions, d’intervenir et d’être acteur : Intervenir avec qui ? À la place de qui ? intervenir selon quel statut ? Intervenir selon quelle(s) modalité(s) et quelle(s) forme(s) ? Ce statut existe-t-il ? Est-il à créer ? Comment l’intégrer à l’écologie institutionnelle et scientifique ?

Il convient donc pour le linguiste de savoir se situer par rapport à ces différentes frontières, de savoir reconnaître les limites, les siennes, celles de sa discipline, celles du sujet (sensible) et de son intimité ou dignité, celle du droit, celle de la chose publique ou privée, pour s’y conformer ou les franchir, en adéquation avec ses critères de scientificité. Autrement dit, ces terrains qualifiés de sensibles invitent à des questionnements méthodologiques et épistémologiques propres à la discipline de l’analyse du discours, voire aux disciplines des SHS.

Comité scientifique (en cours de constitution) 

Nathalie Garric PU en sciences du langage, Codire, Université de Nantes

Laurent Gautier, PU en sciences du langage, TIL, Université de Bourgogne

Gudrun Ledegen, PU en sciences du langage, Prefics, Université Rennes 2

Julien Longhi, PU en sciences du langage, Agora, Université de Cergy Pontoise

Frédéric Pugnière-Saavedra, MCF en sciences du langage, Prefics, Université Bretagne Sud

Valérie Rochaix, Ater en sciences du langage, LLL, Université de Tours

Georges-Elia Sarfati, PU en sciences du langage, Université populaire de Jérusalem

Stefano Vicari, Professore associato Dipartimento di lingue e culture moderne università di Genova

Principales références bibliographiques

Agier, M. (dir.) (1997), Anthropologues en danger. L’engagement sur le terrain, Paris : Jean-Michel Place.

Agier M, (2004), La sagesse de l’ethnologue, L’œil neuf, Paris.

Boltanski, L. (1993), La Souffrance à distance : Morale humanitaire, médias et politique. Paris : Editions Métailié.

Bulot T, (2011), « Objet, terrains et méthodes de la sociolinguistique », dans BULOT, T., BLANCHET, P., 2011, Dynamiques de la langue française au 21ième siècle : une introduction à la sociolinguistique, www.sociolinguistique.fr.

Carretier, J., Delavigne, V., Fervers B. (2010), “Du langage expert au langage patient : vers une prise en compte des préférences des patients dans la démarche informationnelle entre les professionnels de santé et les patients”, Sciences-Croisées 6.

Charaudeau, P. (2010) « Pour une interdisciplinarité « focalisée » dans les sciences humaines et sociales », Questions de communication 17|1, pp. 195-222.

Condamines, A. (et al.). (2005) « Linguistique de corpus et terminologie », Langages 157|1.

Longhi J., Garric N., Sarfati G.E., 2017 : Discours et contexte social, Le discours et la langue, n°9-1.

Longhi J. & Sarfati G.-E., 2014 : Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, l’Harmattan, coll. « Espaces Discursifs ».

Payet J.-P. (2011), « L’enquête sociologique et les acteurs faibles », SociologieS [En ligne], La recherche en actes, Champs de recherche et enjeux de terrain, mis en ligne le 18 octobre 2011, consulté le 10 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/sociologies/3629 

Paveau, M.-A. & Perea, F. (Dir.) (2012). « Corpus sensibles », Cahiers de praxématique 52.

Saint-Lary-Maïga, M., Bouillon, F., Frésia, M., Tallio, V. (dir.) (2008), “ Terrains sensibles. Expériences actuelles de l’anthropologie », Cahiers d’études africaines 191, pp. 614-616. 

Calendrier et modalités de soumission 

18 décembre 2019Diffusion de l’appel à contributions 
31 janvier 2020Réception des propositions de contribution (2000 signes environ)
15 février 2020 Notification de l’acceptation (sans modification ou avec modifications) ou du refus des propositions de contributions et directives éventuelles  

Conditions d’inscription (hors réseaux R2dip) 

40 euros

Informations pour la soumission de la contribution

Chaque soumission, au format word, sera évaluée en double aveugle. Elle mentionnera l’identité de l’auteur avec son laboratoire de rattachement. 

Les doctorant.e.s appartenant au réseau sont fortement incité.e.s à proposer une communication ou un poster qui, après évaluation du comité scientifique, fera l’objet d’une publication.

Les contributions seront à envoyer pour le 15 janvierà l’adresse suivante :  colloquer2dip2020@gmail.com


[1] La sociologie politique et l’histoire sociale ont évolué vers une recherche de crédibilité, d’intelligibilité et de légitimité de la parole des acteurs faibles définis par Payet (2011), en tant « qu’individus faisant l’objet d’une disqualification sociale du fait d’un stigmate physique, moral ou groupal (selon la classification proposée par Erving Goffman (1975)) – pose la question de la parole de ces enquêtés dans la relation sociale qu’est l’enquête »