5ème édition du Colloque: Les discours des terrains sensibles

“Les discours des terrains sensibles : recueil, analyse, intervention”

Les 19 et 20 mars, à l’université Bretagne Sud (Vannes)

!! Actu !! le colloque R2DIP des 19 et 20 mars à Vannes est annulé pour des raisons de sécurité sanitaire mais il sera reporté dès que possible

Argumentaire

Le 5èmecolloque annuel du Réseau R2Dip (Réseau de Recherches des Discours Institutionnels) se déroulera cette année à l’Université Bretagne Sud à Vannes. 

Depuis 2014, le réseau R2Dip réunit des chercheurs spécialisés dans l’analyse des discours autour d’une thématique fédératrice centrée sur la description de corpus institutionnels spécifiques et la théorisation de ce qui ferait l’essence même de toute institution discursive, vue sous le rapport de ses ancrages énonciatifs, de ses modes de formation et de ses modes de circulation, sans excepter de prendre en compte sa visée pragmatique. Ces chercheurs partagent l’intérêt pour la double tâche que s’est assignée l’analyse du discours depuis ses origines : doter l’action et la participation politiques d’une méthode rigoureuse, susceptible d’en éclairer les soubassements, et de contribuer, à sa manière, à l’élucidation des logiques du sens. Dans une démarche qui cherche à repenser l’analyse des discours institutionnels et politiques, tant du point de vue des modèles d’analyse que de la portée de son action, ce réseau entend mettre en dialogue, voire en confrontation, à la fois les méthodes d’analyse, le choix des observables et la dimension critique ou politique de ces études de discours. Il est sensible aux apports d’un regard distancié et critique sur les objets discursifs qui impliquent le citoyen et occupentune certaine actualité dans l’espace public.

Les précédents colloques ont soulevé un certain nombre de questionnements que nous souhaitons mettre à l’honneur de cette nouvelle session qui réunira des travaux sous le titre “Les discours des terrains sensibles : recueil, analyse, intervention”. L’objectif est de s’interroger sur les implications théoriques et méthodologiques de l’étude de discours que l’on qualifiera de sensibles dans le sens où ils « ont en commun d’interpeller le chercheur dans sa démarche et ses rapports aux réalités et locuteurs observés » (Péréa & Paveau, 2012). Des analystes du discours s’intéressent à celles et ceux qui ne prennent pas la parole dans l’espace public, en adoptant notamment comme objet de recherche la parole des sans-abris, celle des malades, celle des aidants de tout type, celle de personnes suicidaires (adolescents, enfants en danger, professionnels en burn-out…) ou encorecelle des prisonniers, etc. Ces paroles longtemps inaudibles sont devenues plus accessibles du fait de modalités interactionnelles nouvelles et plus visibles par notamment les disponibilités technolangagières, mais également par les activités scientifiques (sociologie politique et histoire sociale[1],sociolinguistique et analyses de discours) elles-mêmes.

Le linguiste, et tout particulièrement l’analyste du discours, se trouve par ces objets de recherche sensibles exposé, en même temps qu’il y expose sa discipline, à des frontières, voire à des limites, qui posent donc la question du franchissement, tant de son point de vue, de son cadre théorique, de sa méthodologie, de son rôle de chercheur ou de citoyen, de sa subjectivité, etc., que de celui des extériorités ainsi fréquentées : les autres disciplines, les acteurs institutionnels du terrain, les objets déjà construits, par d’autres, etc. Nous souhaitons donc inviter les chercheurs de l’analyse du discours et des SHS à se questionner sur les implications des nouveaux objets dont ils se saisissent et à explorer les ajustements méthodologiques et/ou théoriques qui résultent de leur objet d’étude et de leur positionnement vis-à-vis de cet objet et de ses acteurs.

Problématique 

Le chercheur explorant les terrains sensibles et construisant à partir de ceux-ci des objets de recherche, lesquels renvoient souvent également à des problématiques sociales qui engagent différents acteurs institutionnels et notamment leur pouvoir décisionnel, et qui déclenchent des attentes de la part des publics concernés, soulève de nombreux enjeux scientifiques, tant théoriques, méthodologiques que disciplinaires que vise à questionner ce colloque. 

Les linguistes et, plus généralement, tout chercheur des SHS sont en effet d’abord confrontés à la question des données, laquelle implique des bonnes pratiques, mais également à leur limite (par ex. l’identification d’une personne suicidaire suspectée d’un passage à l’acte doit-elle entraîner une levée de l’anonymat ?) dans le cas de certains objets. Ils sont aussi confrontés à la question du statut et du rôle du chercheur et de son réel pouvoir dans le champ de l’intervention sociale, politique, professionnelle, citoyenne. Ce questionnement est tout particulièrement actualisé pour notre discipline, l’analyse du discours, qui non seulement s’est construite dans l’interdisciplinarité des Sciences du langage (sémantique des textes, pragmatique, linguistique textuelle, sociologie du langage), mais aussi dans celle des SHS (sciences de l’information et de la communication, sciences politiques, anthropologie, littérature, études des civilisations, histoire, etc.) ou des Sciences et technologies (ingénierie linguistique, fouille de textes et fouille de données, etc.). Investir les discours sensibles, ce peut être adopter l’objet d’autres disciplines plus légitimes à les traiter et dont les compétences et savoirs sont reconnus. Et les investir du point de vue de l’analyste du discours, c’est nourrir une ambition spécifique, applicative et interventionniste, construite sur de nouveaux observables. Autrement dit, c’est également poser la question du fonctionnement du discours tant comme accès à la connaissance du terrain que comme ressource pour agir sur le terrain. Par exemple, les politiques publiques sur les questions de santé feront appel à la compétence et à l’expertise des médecins et autres acteurs sanitaires ou encore à celle du sociologue et du psychologue, mais non à celle du linguiste. L’analyste du discours qui s’y intéresse sera systématiquement amené à se justifier. 

Dans ce contexte, il convient pour le linguiste « de savoir se situer par rapport aux discours scientifiques disciplinaires »(Carretier, Delavigne, Fervers 2010) et de reconnaître que « si ses résultats sont pour beaucoup vérifiables, voire reproductibles, il n’est pas question de l’envisager [la linguistique] dans une perspective concurrentielle aux sciences dures, nécessairement inféconde » (Condamines et al. 2005). Dans ce contexte encore, se pose une autre question, celle de la relation de l’analyste aux politiques publiques, puisque ces terrains sensibles, marqués par des formes de vulnérabilité, sont souvent également ceux sur lesquels les institutions, accompagnées des textes de lois et d’expertise, visent à agir. Cette relation engage nécessairement d’autres questionnements quant aux formes d’intervention de l’analyste du discours sur les espaces qu’il étudie : quelle reconnaissance pour ses analyses ? Quelle validité est accordée à ses données langagières ? Le linguiste doit-il préconiser certaines mesures en fonction de ses résultats et sur quoi effectuer ces préconisations ?

Objectifs 

La problématique ainsi construite est commune à plusieurs disciplines dont les recherches s’inscrivent dans une visée herméneutique et relèvent de la recherche qualitative : la compréhension d’un fait psychosocial à partir de l’une de ses manifestations sémiotiques, le discours. L’analyse du discours que nous adoptons dans ce projet comme cadre théorique et méthodologique prétend y contribuer à sa manière. Elle (1) se veut fédératrice au sein des SHS et impliquée sur le terrain social, (2) se dit soucieuse de la scientificité de ses analyses, (3) défend une perspective dynamique et socioconstructiviste du sens, qui explore l’opacité des textes vers une compréhension sociale, idéologique et ancrée des faits traités, (4) nourrit une ambition interventionniste par la connaissance qu’elle produit, mais aussi ses dispositifs d’investigation et les outils qu’elle est susceptible de produire.      

Le terrain, selon Agier « n’est pas une chose, ce n’est pas un lieu, ni une catégorie sociale, un groupe ethnique ou une institution […] c’est d’abord un ensemble de relations personnelles où « on apprend des choses ». Faire du terrain, c’est établir des relations personnelles avec des gens » (Agier 2004 : 35), mais selon Bulot (2011), « faire du terrain » s’accompagne de la conscience d’une nécessaire et incontournable distanciation avec l’observé. Accédant à des terrains sensibles avec une nécessaire distanciation, l’analyse du discours aborde des objets qui eux-mêmes définissent des frontières et par rapport auxquels il convient,de nouveau de savoir se situer : le chercheur est exposé à des mouvements d’inclusion/exclusion, de connivence/rejet, d’autorisations/interditsqui mettent en jeu son identité de chercheur, de citoyen, d’acteur social. Travailler sur la pauvreté, la maladie, l’inceste n’est certainement pas une démarche simple pour le chercheur.

Le contexte de vulnérabilité invite également le chercheur à se situer vis-à-vis des sujets souffrants qu’il analyse. L’enjeu ici nous semble essentiel, il s’agit de définir si l’analyste doit rester dans un rôle de témoin, de descripteur comme nous le mentionnons plus haut, des vulnérabilités qu’il étudie, ou bien s’il doit se donner les moyens, à l’aide de critères d’évaluation de la qualité des interactions, d’intervenir et d’être acteur : Intervenir avec qui ? À la place de qui ? intervenir selon quel statut ? Intervenir selon quelle(s) modalité(s) et quelle(s) forme(s) ? Ce statut existe-t-il ? Est-il à créer ? Comment l’intégrer à l’écologie institutionnelle et scientifique ?

Il convient donc pour le linguiste de savoir se situer par rapport à ces différentes frontières, de savoir reconnaître les limites, les siennes, celles de sa discipline, celles du sujet (sensible) et de son intimité ou dignité, celle du droit, celle de la chose publique ou privée, pour s’y conformer ou les franchir, en adéquation avec ses critères de scientificité. Autrement dit, ces terrains qualifiés de sensibles invitent à des questionnements méthodologiques et épistémologiques propres à la discipline de l’analyse du discours, voire aux disciplines des SHS.

Comité scientifique (en cours de constitution) 

Nathalie Garric PU en sciences du langage, Codire, Université de Nantes

Laurent Gautier, PU en sciences du langage, TIL, Université de Bourgogne

Gudrun Ledegen, PU en sciences du langage, Prefics, Université Rennes 2

Julien Longhi, PU en sciences du langage, Agora, Université de Cergy Pontoise

Frédéric Pugnière-Saavedra, MCF en sciences du langage, Prefics, Université Bretagne Sud

Valérie Rochaix, Ater en sciences du langage, LLL, Université de Tours

Georges-Elia Sarfati, PU en sciences du langage, Université populaire de Jérusalem

Stefano Vicari, Professore associato Dipartimento di lingue e culture moderne università di Genova

Principales références bibliographiques

Agier, M. (dir.) (1997), Anthropologues en danger. L’engagement sur le terrain, Paris : Jean-Michel Place.

Agier M, (2004), La sagesse de l’ethnologue, L’œil neuf, Paris.

Boltanski, L. (1993), La Souffrance à distance : Morale humanitaire, médias et politique. Paris : Editions Métailié.

Bulot T, (2011), « Objet, terrains et méthodes de la sociolinguistique », dans BULOT, T., BLANCHET, P., 2011, Dynamiques de la langue française au 21ième siècle : une introduction à la sociolinguistique, www.sociolinguistique.fr.

Carretier, J., Delavigne, V., Fervers B. (2010), “Du langage expert au langage patient : vers une prise en compte des préférences des patients dans la démarche informationnelle entre les professionnels de santé et les patients”, Sciences-Croisées 6.

Charaudeau, P. (2010) « Pour une interdisciplinarité « focalisée » dans les sciences humaines et sociales », Questions de communication 17|1, pp. 195-222.

Condamines, A. (et al.). (2005) « Linguistique de corpus et terminologie », Langages 157|1.

Longhi J., Garric N., Sarfati G.E., 2017 : Discours et contexte social, Le discours et la langue, n°9-1.

Longhi J. & Sarfati G.-E., 2014 : Les discours institutionnels en confrontation. Contribution à l’analyse des discours institutionnels et politiques, l’Harmattan, coll. « Espaces Discursifs ».

Payet J.-P. (2011), « L’enquête sociologique et les acteurs faibles », SociologieS [En ligne], La recherche en actes, Champs de recherche et enjeux de terrain, mis en ligne le 18 octobre 2011, consulté le 10 novembre 2018. URL : http://journals.openedition.org/sociologies/3629 

Paveau, M.-A. & Perea, F. (Dir.) (2012). « Corpus sensibles », Cahiers de praxématique 52.

Saint-Lary-Maïga, M., Bouillon, F., Frésia, M., Tallio, V. (dir.) (2008), “ Terrains sensibles. Expériences actuelles de l’anthropologie », Cahiers d’études africaines 191, pp. 614-616. 

Calendrier et modalités de soumission 

18 décembre 2019Diffusion de l’appel à contributions 
31 janvier 2020Réception des propositions de contribution (2000 signes environ)
15 février 2020 Notification de l’acceptation (sans modification ou avec modifications) ou du refus des propositions de contributions et directives éventuelles  

Conditions d’inscription (hors réseaux R2dip) 

40 euros

Informations pour la soumission de la contribution

Chaque soumission, au format word, sera évaluée en double aveugle. Elle mentionnera l’identité de l’auteur avec son laboratoire de rattachement. 

Les doctorant.e.s appartenant au réseau sont fortement incité.e.s à proposer une communication ou un poster qui, après évaluation du comité scientifique, fera l’objet d’une publication.

Les contributions seront à envoyer pour le 15 janvierà l’adresse suivante :  colloquer2dip2020@gmail.com


[1] La sociologie politique et l’histoire sociale ont évolué vers une recherche de crédibilité, d’intelligibilité et de légitimité de la parole des acteurs faibles définis par Payet (2011), en tant « qu’individus faisant l’objet d’une disqualification sociale du fait d’un stigmate physique, moral ou groupal (selon la classification proposée par Erving Goffman (1975)) – pose la question de la parole de ces enquêtés dans la relation sociale qu’est l’enquête »

Interviews

Découvrez les interviews des intervenants présent lors du colloque du 1er décembre 2016 intitulé « Mais que font les analystes du discours? »

 

 

Portraits chinois

Cette année nous voulions vous présenter les participants d’une façon plus originale.
Notre but : changer les codes !

Partout sur le web, vous trouverez des biographies professionnelles de nos intervenants mais vous trouverez moins d’informations plus personnelles, plus insolites et qui changent de l’ordinaire.
Chaque vendredi vous pourrez découvrir le portrait chinois de l’un d’entre eux !

Programme 7 avril 2016

Discours et Discriminations 

« Quels enjeux pour l’analyse du discours ? » Réflexion autour des discours contraints, des contre-discours, des discours radicalisants et déradicalisants.

Lieu du colloque : IUT de Cergy Pontoise, site de Sarcelles: 34 Bd Bergson, 95200 Sarcelles.

 

  • 9h15-9h30 :  Nathalie Garric, Julien Longhi, Georges-Elia Sarfati Introduction et présentation.

 

  • 9h30-10h15 : Ana-Maria Cozma, Université de Turku, laboratoire CoDiRé – L’argument de la peur.

 

  • 10h15-11h :  Laura Calabrese, Université Libre de Bruxelles, ReSIC- Le rôle des métadiscours dans la définition des problèmes publics. Le cas de migrant et islamophobie.

 

  • 11h30-12h30 : Table ronde, intervention de Frédéric Callens, de la direction de la ville et de la cohésion urbaine, Jean-Claude Vitran Président de la Fédération du Val d’Oise Ligue des Droits de l’Homme, Linda Ghemmour, responsable de l’Espace emploi de Sarcelles pour la Communauté d’Agglomération Roissy Pays de France, Malika Kachout, juriste spécialisée de la Mission Locale du Val d’Oise et le Collectif Fusion.

 

  • 14h-14h45 : Thierry Deshayes, Université Rennes 2, laboratoire PREFics -Analyse des discours normatifs, contre-normatifs, alternormatifs.

 

  • 14h45-15h30 : Albin Wagener, Université Catholique de l’Ouest, laboratoire CoDiRé – Europe, cultures et nations : analyse critique de discours du Conseil de l’Europe.

 

  • 15h45-16h30 : Arnaud Richard Université Montpellier 3, laboratoire Praxiling –De la déclaration officielle populiste racialisante aux échanges numériques haineux : l’intérêt d’une analyse du discours appliquée aux tensions entre Haïti et la République dominicaine.

 

  • 16h30-17h15: Abdelhadi Bellachhab, Université de Nantes, laboratoire CoDiRé – S’opposer pour se poser : l’univers discursif d’un tueur en série à travers ses correspondances.

 

  • 17h15-17h30  Conclusions et perspectives.

 

Avec le soutien de la Fondation de l’Université de Cergy-Pontoise, de l’Université de Cergy-Pontoise et de l’IUT de Cergy-Pontoise.

Comité scientifique du colloque : Nathalie Garric, Julien Longhi, Jeanne Meyer, Georges-Elia Sarfati

Responsable de l’organisation : Julien Longhi (julien.longhi@u-cergy.fr) et Jeanne Meyer

Temps forts du colloque  « Discours et Discriminations » , 7 avril 2016

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ANA-MARIA COZMA

« L’argument de la peur. »

De l’état d’urgence à la révision de la Constitution, en passant par la #DecheancePourTous : analyse des discours sécuritaires post novembre 2015.

Nous proposons une étude sur les discours officiels liés aux attentats de novembre 2015 et aux mesures de sécurité qui s’en sont suivies (état d’urgence, perquisitions, déchéance de nationalité, projet de loi constitutionnelle) : discours du Président de la République pendant et après les événements, discours du Premier ministre à l’Elysée et à l’Assemblée nationale, débats à l’Assemblée nationale visant la prorogation de l’état d’urgence et la « protection de la Nation ».

Au-delà des lieux communs caractérisant les discours sécuritaires, ses travaux se concentrent sur des formules correspondant à des arguments récurrents et structurants (tels l’unité/le rassemblement, l’exception en opposition avec la durée, ou encore la peur), à l’évolution et aux variations de fréquence de ces formules/arguments, et enfin, à la discrimination explicitée ou occultée dans ces discours. Par contraste avec les discours institutionnels, les discours des médias et des réseaux sociaux, notamment, donnent à voir ce dont s’emparent les citoyens, privilégiant certains éléments au détriment d’autre

 

Laura Calabrese
LAURA CALABRESE

« Le rôle  des  métadiscours  dans  la  définition  des  problèmes  publics.  Le  cas  de  migrant  et  islamophobie. « 

Dans  cette  communication, nous nous intéressons à la nomination d’acteurs et de problèmes publics. En  nous arrêtant sur des dénominations « problématiques » (en l’occurrence islamophobie, migrant/réfugié), c’est‐à-­dire qui sont débattues dans l’espace public, nous voulons mettre en avant le rôle des métadiscours dans la définition des problèmes publics. Si ces derniers sont souvent construits sur des événements (la guerre en Syrie, le déplacement des migrants, des agressions envers des musulmans), ils les dépassent pour constituer des problèmes à part entière qu’il faut nommer selon des routines propres au discours médiatique. Or, il  arrive que l’acte de nomination devienne problématique lorsque l’on constate un décalage entre les mots et les choses. Dans ces cas, les médias d’information, mais aussi les publics médiatiques, vont se mobiliser pour légitimer ou délégitimer certaines dénominations. En analysant les déclencheurs et les dynamiques de ces controverses sémantiques, nous aimerions montrer que les métadiscours révèlent l’instabilité des problèmes publics et, plus largement, des référents sociaux construits en discours. L’analyse du corpus montrera que l’emploi du métadiscours est distribué parmi les acteurs sociaux en fonction de leur positionnement idéologique. Ainsi, ceux qui sont pour l’accueil des réfugiés vont avoir un recours important au métalangage pour déconstruire les mots migrant/réfugié, de même que ceux qui défendent que l’islamophobie n’est pas du racisme mais une critique légitime de la religion vont décomposer le mot islamophobie voire proposer de nouvelles dénominations.

 

TABLE RONDE 

Débat et témoignages d’associations et du public sur les rapports entre discours et discriminations.

Frédéric Callens, Direction de la Ville et de la Cohésion Urbaine, Jean-Claude Vitran, Président de la Fédération du Val d’Oise, Ligue des Droits de l’Homme, Linda Ghemmour, responsable de l’Espace emploi de Sarcelles pour la Communauté d’Agglomération Roissy Pays de France, Malika Kachout, jusriste spécialisée de la Mission Locale du Val d’Oise, Collectif Fusion.

 

Thierry Deshayes

 Analyse des discours normatifs, contre-normatifs, alternormatifs

 

 

 

Albin Wagener
ALBIN WAGENER

« Europe, cultures et nations : analyse critique de discours du Conseil de l’Europe. »

Les livres blancs produits par le Conseil de l’Europe, lorsqu’il s’agit d’interculturalité, nous fournissent d’intéressants indices de la politique de l’Union Européenne. En évoquant le besoin de diversité culturelle, le Conseil de l’Europe semble en effet mettre de côté le rôle des Etats et de traiter les histoires nationales comme de simples spécificités communautaires, voire communautaristes. Le but de notre intervention sera, via l’analyse de discours, de partir à la découverte de ces discours dissimulés qui, derrière d’apparentes visées pédagogiques, révèlent certains desseins de l’élite bruxelloise.

 

 

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ARNAUD RICHARD

« De la déclaration officielle populiste racialisante aux échanges numériques haineux : l’intérêt d’une analyse du discours appliquée aux tensions entre Haïti et la République dominicaine. »

Nous proposons une étude des représentations médiatiques des tensions identitaires entre Haïti et la République dominicaine à travers l’analyse des déclarations politiques officielles, des traitements journalistiques et des échanges populaires numériques. Cette analyse du discours tentera alors de contribuer à la tentative de résolution des conflits avec ce cas contemporain dans la Caraïbe.

 

 

 

Abdelhadi BELLACHHAB
ABDELHADI BELLACHAB

 « S’opposer pour se poser : l’univers discursif d’un tueur en série à travers ses correspondances »

Sous-jacentes à toute création de la réalité sociale, les Déclarations, en l’occurrence ici, d’un tueur en série visent à reconstruire un nouvel univers discursif lui conférant une fonction-statut de « personne normale » par opposition à la fonction-statut de « personne hors-norme » ou « anormale » qu’on a voulu lui attribuer au moyen de Déclarations judiciaires et médiatiques. Il s’agit donc d’identifier les dynamiques identitaires qui sous-tendent la volonté d’un tueur en série de se régénérer faisant face ainsi à l’image que l’on a fait de lui institutionnellement (média et justice) ; notre objectif étant de saisir la normativité revendiquée au travers d’une identité reconstruite à partir d’une antinomie apparente, à savoir réduire l’écart entre une identité criminelle et une autre « saine » et, en même temps, s’écarter de l’anormativité des autres criminels.

Afin d’examiner cette identité discursive du tueur en série, nous proposons d’étudier les onze lettres de Robin Gecht (Furio 1998 : 147-174), un tueur en série condamné à 120 ans de prison, et membre du groupe du « Chicago rippers » (Éventreurs de Chicago). Les lettres de Robin Gecht ont été envoyées, entre juin 1997 et avril 1998, à Jennifer Furio, une correspondante qui se dit, dans sa lettre (Furio 1998 : VII-VIII) envoyée à environ une cinquantaine d’incarcérés, intéressée de comprendre ce qui s’est passé à ces condamnés et comment ils se retrouvent en prison.

Séminaires

Compte rendu

 

Préambule

Il a été décidé, lors de la journée de discussion entre doctorant-e-s et professeur-e-s du 7 décembre 2017 précédant le colloque annuel du R2DIP, que nous organiserions des séminaires théoriques reprenant les fondamentaux de l’Analyse de Discours (AD). Partant du constat de nombreux enseignant-chercheurs et enseignantes-chercheuses spécialistes de l’AD qu’il y a un manque croissant de réflexion sur les fondements philosophiques de la discipline, ce qui conduit les jeunes chercheurs et chercheuses à risquer le syncrétisme, il nous a semblé primordial de connaître certaines notions/concepts ainsi que l’histoire des modèles théoriques établis et auxquels nous avons recours aujourd’hui dans nos analyses, afin d’assurer la pérennité de la réflexion épistémologique. L’ambition ou l’objectif de ce projet est de nous former à éviter toute confusion entre les différents courants de l’AD, tout en nous donnant la possibilité de nous inscrire dans la filiation des modèles antérieurs en toute connaissance de leurs implications philosophiques et épistémologiques et en admettant la dimension pluridisciplinaire de l’AD inscrite en Sciences du langage certes, mais en dialogue permanent avec d’autres sciences humaines et sociales, comme la sociologie, l’histoire ou la psychologie.

Organisation pratique du séminaire

Deux séminaires théoriques ont donc été organisés depuis le colloque. Nous avons procédé de la façon suivante. Deux doctorantes, Dieudonné Akpo (laboratoire CoDiRe, Université de Nantes) et Marie Jouan (laboratoire ELLIADD, Université de Besançon) ont sélectionné une série de concepts, d’auteurs et de courants de l’AD à aborder lors de séminaires et ont soumis cette liste au vote des membres du réseau. Voici les liens du questionnaire pour le choix des sujets des premiers séminaires et de ses résultats :
Questionnaire :     https://docs.google.com/forms/d/e/1FAIpQLSc9VHzLU8UDqa9fzJ427K7SsmXcixOitIRkwKhkUESjVaGufQ/viewform
Réponses :    https://docs.google.com/document/d/13eoea7aAAFtLSDWbXnWKnNPoqIfXSpzhS5WB3-E6jz4/edit
Quant au choix de dates de séminaire, il dépend de la validation par le groupe de la date qui a reçu le plus de votes sur un framadate. Suite aux réponses aux questionnaires (thèmes et dates) et à des discussions sur la liste mail du réseau, il a été décidé de réaliser les premiers séminaires suivants :

“La contribution de la théorie de l’idéologie de Louis Althusser (1918-1990) à la constitution de l’Analyse du discours”, par George-Elia Sarfati, le 2 février 2018 ;
“Michel Pêcheux, la problématique et la fondation de l’Analyse du discours”, par George-Elia Sarfati, le 9 mars 2018 ;
« La théorie du discours de Michel Foucault », par George-Elia Sarfati, le 24 mai 2018 ;
« Langue/Discours et Discours/Corpus » par Julien Longhi, 30 novembre 2018.

Éléments de discussion
Le premier séminaire, animé par Georges Elia Sarfati nous a permis de découvrir les travaux de Louis Althusser (1918-1999). Après nous avoir rappelé le contexte historique et social et donné quelques éléments biographiques sur L. Althusser, le Professeur Sarfati a exposé la façon dont L. Althusser s’inscrivait dans la filiation marxiste et se détournait du marxisme orthodoxe en proposant sa Théorie de l’Idéologie. En définissant les Appareils Idéologiques d’Etat (AIE) et les Appareils Répressifs d’Etat (ARE), L. Althusser distingue les institutions qui « fonctionnent à l’idéologie » de celles qui « fonctionnent à la violence », tout en montrant que AIE et ARE sont quasi-inextricables et par conséquent fonctionnent ensemble. S’intéresser aux discours dominants, aux évidences, au « sens commun » comme on peut le faire en Analyse de Discours, c’est s’intéresser à l’idéologie dominante véhiculée dans les AIE. Il est ainsi indispensable de tenir compte de l’intrication entre les conditions réelles d’existence et la « représentation du rapport imaginaire que les individus ont à leurs conditions réelles d’existence », i.e. l’idéologie, pour l’analyser et pour comprendre la façon dont Michel Pêcheux reprend L. Althusser quand il propose une Analyse Automatique du Discours.
Dans cette perspective, le deuxième séminaire, toujours animé par le Professeur Sarfati, nous a précisément permis de faire le lien entre les travaux de L. Althusser et ceux de Michel Pêcheux, un des chercheurs précurseurs de l’école française d’analyse du discours (ADF). Le Professeur Sarfati a présenté les travaux de Pêcheux en mettant l’accent sur sa contribution à la dynamique de la discipline au sein des sciences du langage. Pour cela, il insiste sur des notions phares qu’il a participé à vulgariser telles que la formation discursive (FD), l’interdiscours, l’intradiscours et le préconstruit.
Au cours de ces deux séminaires, le Professeur Sarfati a défendu l’idée que le champ de l’Analyse de Discours n’est pas neutre et ne peut ni ne doit l’être, au risque de « tourner à la caricature » en s’affranchissant dangereusement des fondements philosophiques et socio-politiques qui l’ont forgée.

Par Dieudonné Akpo et Marie Jouan