Intégration de l’université Dijon Franche Comté

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Le centre TIL de l’Université de Bourgogne intègre R2DIP !

Interview de Laurent Gautier professeur de linguistique appliquée (langues germaniques) à l’Université de Bourgogne depuis 2013, directeur-adjoint de l’EA 4182 « Centre interlangues Texte Image Langage » et de la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon (USR CNRS uB 3516)

 

Chercheur et analyste de discours spécialisés, Laurent Gautier se concentre sur les discours professionnels et institutionnels.
C’est avec l’aide de méthodologies croisées provenant de la linguistique cognitive (sémantique du prototype, sémantique des frames, grammaires de construction, blending), de la linguistique de corpus et de la fouille de données qu’il effectue ses recherches.
Jusqu’à maintenant ce sont la sensorialité, le tourisme, la finance ou encore le droit qui ont été explorés par ce passionné.

 

Pourquoi le centre Interlangues TIL (EA4182) de l’Université de Bourgogne a-t-elle décidé d’intégrer R2DIP ?
Le R2DIP, que j’ai découvert suite à l’invitation de Julien Longhi lors du colloque de décembre 2017 à Cergy, m’a semblé pouvoir entrer en interaction avec l’axe « Modèles et discours » de mon laboratoire, mais aussi en partie avec l’axe « Individu et Nation » où travaillent essentiellement des chercheurs en civilisation.
Le paradigme de l’analyse de discours est en effet partagé par un grand nombre de membres de l’équipe, dans des variantes diverses, et les discours politiques et institutionnels sont au centre des travaux des deux axes. Par ailleurs, j’ai été très impressionné par la place accordée dans le réseau aux doctorants, à leurs interrogations, à leur positionnement méthodologique et épistémologique.
Ayant moi-même plusieurs thèses en cours, le plus souvent en cotutelle ou codirection – car je suis convaincu des apports et approches multiples plutôt que par les esprits d’école ! -, il m’a semblé judicieux de faire profiter nos propres doctorants travaillant sur ces thématiques du R2DIP en tant que réseau de recherche.

 

En quoi R2DIP pourrait être un plus-value pour vous ?
La plus-value essentielle est celle du réseau que j’évoquais précédemment pour les doctorants, mais qui est de toute façon un impératif pour tout chercheur.
La recherche en SHS* a tout à gagner à se développer en équipes, dans des interactions permanentes comme cela est devenu depuis très longtemps la règle dans les sciences expérimentales.
Le R2DIP, en permettant une structuration informelle de chercheurs et de recherche sur ses thématiques, pourrait aussi devenir un interlocuteur privilégié pour répondre à des appels à projets, mettre en place des actions en réseaux, etc…

 

En quoi est-il important d’analyser les discours ?
L’analyse des discours est tout simplement l’analyse d’une grande partie de ce qui nous entoure, de ce à quoi nous sommes confrontés au quotidien : dans les sphères professionnelles, dans les médias, partout.
Énormément de domaines – nous venons de parler du droit, mais c’est la même chose pour la finance – sont avant tout des constructions discursives. Il est donc important d’affiner les outils méthodologiques dont nous disposons pour les analyser et les aborder d’un point de vue critique, pour en « démontrer » le fonctionnement en quelque sorte.
Les bouleversements communicationnels et discursifs induits par la communication numérique en général et les réseaux sociaux en particulier renforcent encore cet impératif.

 

Laurent Gautier et Julien Longhi ont organisé à l’Université de Cergy-Pontoise, la deuxième journée du séminaire tournant de jurilinguistique, Vendredi 30 mars 2018.

Qu’est-ce que la journée jurilinguistique ?
Le séminaire tournant de jurilinguistique est une tentative d’un petit noyau de chercheurs en sciences du langage de lancer un travail et une réflexion systématique et régulière, dans l’espace francophone, et à fortiori en France, sur les liens consubstantiels entre langue et droit, dans la mesure où la recherche française accuse, dans ce domaine, un retard certain par rapports aux travaux menés dans les aires anglo-saxonnes, germaniques ou encore scandinaves.
L’impact devra être double : en termes de recherche fondamentale tout d’abord, en dialogue avec les juristes, mais aussi en termes de formation dans la mesure où les besoins en « jurilinguistes » vont grandissant, en particulier dans les institutions européennes. Cette problématique, souvent réduite à des questions de terminologie et de traduction, est en fait beaucoup plus large et touche des problématiques fondamentalement sémantiques et pragmatiques.

 

Pour conclure, avez vous un message à adresser aux lecteurs ?
Je pense qu’il est important que la linguistique se décloisonne, se rebranche en quelque sorte sur le réel si elle veut être prise au sérieux et reconnue dans l’espace public. Germaniste de formation, je suis encore maintenant frappé par la différence de reconnaissance de la discipline entre les deux pays.
Dans l’espace germanophone, les linguistes sont présents dans l’espace public, ils sont sollicités par la presse dès que des questions touchant à la langue, au discours, etc. se posent.
En France, on a plutôt tendance à se tourner vers des « experts » auto-déclarés dont les analyses sont rarement étayées épistémologiquement ou méthodologiquement.

 

*Sciences Humaines et Sociales